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Cheer up little lady

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MessageSujet: Cheer up little lady Lun 3 Jan - 11:45

    Dans la salle remplie d'élèves attablés face au grand tableau blanc, la sonnerie de fin de cours résonne, coupant la parole au professeur Morgan. Il ne se laisse pas décontenancer le moins du monde, et termine sa phrase en haussant le ton pour couvrir le brouhaha soudain et enthousiaste. Une ou deux indications complémentaires, et il conclut par un sourire. Face à lui, toute cette jeunesse, que la lumière douce d'une magnifique fin de matinée de Mai éclaire, qui s'agite, pétille, frémit de rires en rires, tout cela lui flatte le cœur. Il est satisfait, d'autant plus que l'heure s'est bien déroulée, dans de bonnes conditions, malgré son japonais encore passable. Tout juste arrivé à Sekai depuis une bonne semaine, en poste à Naoko depuis seulement quelques jours, il se sent déjà bien ici. L'ambiance lui semble globalement saine, non seulement au sein du corps enseignant, mais également parmi les élèves. Les siens, il les a pour la plupart déjà tous entraperçus. Il a donné cours au moins une fois à chaque classe sous sa responsabilité depuis le début de la semaine, et a débuté son travail d'éducateur d'arrache-pied par un repérage des différentes individualités. La nuit précédente, entre les quatre murs de sa chambre de pension, il a passé plusieurs heures à éplucher consciencieusement les bulletins des élèves de ce cours-ci, décidé à confronter les remarques du professeur précédent, ainsi que les résultats, à ses propres observations, dans l'optique de se faire une idée concrète.

    Parmi la foule d'annotations sur les individus du jour, il en est un qui a particulièrement capté son attention. Ou plutôt, une. Harmonie M. Hatcher. C'est d'abord ce patronyme peu banal qui attisa sa curiosité. Des notes absolument irréprochables, sans que ce soit le moins du monde surprenant. Un petit coup d'œil sur les infos personnelles, la fiche d'inscription, pour voir que, malgré le doute jeté par un prénom à consonance francophone, la langue de Shakespeare ne peut recéler aucun secrets pour elle. Et pour cause, l'Angleterre est sa terre d'enfance. Gareth a tout de suite été étonné en réalisant qu'il était bien loin d'être le seul étranger présent dans l'établissement. C'est aussi un soulagement, cela créé des affinités. Et ce qui le frappa finalement dans le cas d'Harmonie, ce furent les notes à son sujet. Manifestement, son prédécesseur ne l'avait pas à la bonne. Après une heure passée à la détailler du coin de l'œil, quelques pistes lui sont apparues. Et par pure conscience professionnelle, il compte bien tirer cela au clair.

    Somme toute, une jeune fille extrêmement discrète, trop sans doute. Pas le moindre signe de volonté de participation au cours, les lèvres vissées l'une à l'autre en permanence, les yeux baissées, le regard las, une expression monotone gravée dans le marbre de son visage délicat. Un air de poupées de porcelaine à l'allure aussi sombre qu'abracadrante, de par sa tenue vestimentaire un peu décalée. Un refus flagrant de communication, une fantastique bévue, quoique compréhensible. Voilà bien un ennui auquel il serait agréable de remédier, se dit-il, lui qui apprécie la vivacité d'esprit et de comportement. Ça ne lui fait pas plaisir, d'apercevoir une si triste jeune fille, alors devoir faire face à si peu d'envie plusieurs fois par semaine, cela pourrait bien devenir une peine sur le long terme. Alors que Gareth dépose son feutre au bas du tableau, dans le récipient métallique prévu à cet effet, il prend une décision. Il décide de chercher à faire évoluer cette situation, au nom du bien-être de tout le monde, et que quitte à prendre le taureau par les cornes, autant le faire immédiatement.

    Il réajuste la veste de son costume noir, par-dessus sa chemise bleue clair, au col décontracté, fait mine de claquer des doigts en signe de détermination, puis s'avance vers elle, avec la ferme volonté de l'intercepter avant qu'elle ne quitte la salle. Et pour s'assurer la réussite de son opération, il l'interpelle ainsi, en anglais :

    "Miss Hatcher ? Ne sortez pas tout de suite je vous pris. Il y a quelques petites choses dont j'aimerais discuter avec vous, si vous le permettez."

    Et il se tait, ne la quittant pas des yeux, alors que la salle se vide peu à peu, curieux d'observer sa réaction, tout en se demandant s'il n'aurait pas mieux fait de se montrer un peu moins formel... Pour attendrir le tout, il lui adresse un air assuré et rassurant, esquissant un sourire léger et confiant.
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    MessageSujet: Re: Cheer up little lady Ven 7 Jan - 11:57

      Une heure de cour. Longue, morne, ennuyeuse, triste. Cela ne venait pas du professeur. Elle n'en savait rien en fait, elle ne l'avait pas vraiment écouté. De toute manière, elle n'aurait pas parlé plus en l'écoutant, alors autant laisser son esprit vagabonder. Comme à chaque fois ses pensées c'étaient tournées vers sa défunte soeur. Il ne fallait donc pas s'étonner de son air plus ou moins mort pendant le cour. Son visage était tourné vers la fenêtre, vers sa table et même vers le sol. La petite chanteuse essayait surtout d'oublier les regards que beaucoup lui lançaient. Pas seulement les élèves d'ailleurs, le professeur s'y était mis aussi. Dommage. La petite avant un mauvais pressentiment sur ce point, un pressentiment qui l'avait suivie pendant tout le cour ... Mauvais ça. Mauvais.

      Soupire après soupire, haussement d’épaules après haussement d’épaules, le cour avait pris fin. Comme une libération pour la jeune fille qui n’était pas décidée à aller au suivant. D’accord, ça ne montrait pas une élève exemplaire mais, elle n’aimait pas déprimer et les cours la faisaient déprimer ! Alors, autant en éviter quelques uns. Ça ne tuerait personne, si ? Encore fallait-il que son plan marche. Encore fallait-il qu’elle arrive à sortir d’ici. Ce n’était pas gagné. Une chose était sûre, depuis que la jeune demoiselle était arrivée ici, la chance la fuyait. Un Enième soupire s’échappa de ses lèvres charnues quand elle entendit le professeur lui parler dans sa langue maternelle. Elle n’allait pas pouvoir faire celle qui ne comprend pas. Dommage. Inspiration, Expiration, Contrôle de sois. Elle leva son regard azur vers lui, comment allait-elle se sortir de là ? Elle s’approcha lentement du bureau, attendant que la salle se vide. Discuter avec elle ? Elle voulait bien écouter mais, parler c’était une autre histoire.

      Elle inspira profondément, cherchant une petite partie de courage caché en elle. C'était le moment pour ne pas s'enfuir, cela n'aurait pas donné bonne figure. Calme. D'accord, Harmonie était très clairement en pleine panique. De plus, même si elle s'était risquée à parler, elle n'aurait pas su quoi lui dire. Autant se taire dans un moment pareil. Elle se sentait d'un coup seul, très seule. Abandonnée. Le sourire confiant du professeur ni changerait rien, elle était totalement paniquée. Cependant, rien ne se voyait. Harmonie avait la faculté de cacher ses émotions. Elle était maladroite, oui mais, pas pour ça. Elle s'assied sur une table, en face du bureau, fixant toujours le professeur d'un air interrogatif. Non, elle ne poserait pas de questions, elle ne parlerait pas

      Bon, la jeune chanteuse sortie tout de même son calepin et son stylo. C'était au cas où elle devrait communiquer. Elle en aurait surement besoin, d'ailleurs. Une certitude lui vint soudain : ça n'arrivait qu'à elle. Allez ! Faire bonne figure ! On y croit ! Un fin sourire s'afficha sur ses lèvres, un sourire un peu faux mais, tout de même présent. C'était déjà cela, il n'allait pas se plaindre. Le dernier élève sortie, la laissant seule avec son professeur, tout en lui lançant un regard interrogatif. Elle ne pouvait pas l'aider, elle ne savait pas plus que lui ce qu'elle faisait là ...

      Elle le regardait toujours, de ses grands yeux bleus envoutant. On aurait dit une enfant perdue tellement ses yeux étaient emplis de questionnement. D’un côté elle faisait pitié, elle le savait, elle s’en fichait.
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      MessageSujet: Re: Cheer up little lady Ven 14 Jan - 10:47


        Ça n'allait pas être de la tarte. Voilà ce que Gareth se dit une fois que la jeune fille fut installée face à lui, appuyée contre une table, après avoir démontré tout un tas de comportements caractéristiques, suite à sa demande qu'il avait pourtant désiré plutôt amicale. A présent, il enfonçait les mains dans les poches de son pantalon de costume et avalait sa salive, tout en se demandant comment négocier l'affaire. Il semblait évident que la demoiselle était fermement décidée à se taire, malgré son air passablement dubitatif. Et ce carnet, c'était pour quoi ? Comptait-elle vraiment communiquer avec lui par écrit dans le pire des cas ? S'il ne s'était pas attendu à une touche d'extravagance de sa part à travers les diverses allusions de son prédécesseur au fil de ses remarques, il aurait pu croire qu'elle se payait sa tête. Après tout, peut-être était-ce le cas ? Non, pas avec cette expression sur son visage, à moins qu'elle ne soit excellente actrice. Peu importe, il lui restait une mission à accomplir, celle d'enseignant.

        Il s'éclaircit la gorge et jeta un regard à moitié intrigué à moitié amusé à la jeune fille, plissant les lèvres et les sourcils en un rictus gentiment ironique. Il allait profiter qu'ils soient seuls pour parler franchement, sur un ton plus intime. Sa stratégie de communication se construisait peu à peu. Il comprenait qu'il lui faudrait tenter d'effacer la distance qui se creusait entre eux de par leurs simples conditions. D'une discussion de prof à élève, il allait manœuvrer pour déboucher sur un rapport strictement humain, en toute équité, et toute simplicité. En tout cas, il devinait qu'il devrait en toutes circonstances la ménager. Quelque soit l'origine de son mutisme, ce ne pouvait être une bonne chose. La bousculer serait sans doute improductif, ne la pousserait qu'à se retrancher d'avantage derrière le mur de son silence. Il avait escaladé bien des murs durant sa prime jeunesse, dépassé bien des limites, mais ne s'était encore jamais confronté à une de ce genre. Un mur savamment bâti, brique après brique, au fil du temps, pour qu'une petite fille blessée puisse s'isoler du monde, et qu'il allait maintenant tenter de franchir.

        Après quelques secondes d'un silence pesant, passé à la jauger, il parlait enfin, après un soupir, ainsi qu'un sourire.

        - Harmonie, tu... je peux te tutoyer ? Oui, on va dire que oui.

        Son regard dérivait soudain jusqu'au plafond, bas et immaculé, parcouru de tubes luminescents tout à fait inutiles donc éteints à cette heure-ci, par un tel soleil. Tout de suite après, il revenait à elle, la fixait plus ou moins, sans insister. Il reprenait :

        - Comment dire... Apparemment, tu n'as pas fait bonne impression au prof précédent. Pourtant, tes notes sont irréprochables, impeccables, et ça n'a rien d'un hasard, j'en suis conscient. Ce que je me demande, pour être honnête, et c'est aussi ce qui m'ennuie, c'est pourquoi ne t'entends-t-on jamais ?

        A cet instant, son regard fuyait une fois de plus, pour traverser les vitres accolées sur l'un des flancs de la salle, et tandis qu'il observait la lumière du jour jouer dans le feuillage verdoyant d'un grand arbre, il continuait :

        - Je veux dire... En dehors du fait que tu pourrais naturellement faire profiter tes petits camarades de ton expertise, et aider à la construction du cours par une participation ne serait-ce même qu'occasionnelle...

        Et il la fixait à nouveau.

        - En tant qu'homme, en tant qu'adulte responsable et compétent, si j'ose espérer, je dois m'avouer troublé, gêné, et même peiné par ce masque de tristesse qui te colle à la peau du visage. J'aimerais...

        Gareth faisait un pas en avant, le regard balayant maintenant le sol devant lui, puis il bifurquait en direction des fenêtres, le pas lent et mesuré. Il se stoppait juste en face de la première et l'ouvrait, pour laisser entrer l'air frais et doux de cette belle fin de matinée. Il reprenait son propos, en omettant plus ou moins volontairement de reprendre là où il s'était arrêté, le regard dès lors perdu loin devant, suivant un petit chemin serpentant parmi la végétation, au pied du bâtiment.

        - Tu sais, je me doute bien que ton silence n'est pas plus un plaisir pour toi que pour les autres, que pour moi. Je ne sais pas d'où te vient cette façon d'être, et je ne te juge pas. Je sais simplement cela : fuir n'amène à rien. Dans la solitude, les remords nous suivent. Dans le silence, ils nous accablent.

        Il se taisait un instant, ouvrait la fenêtre plus en grand, jusqu'à pouvoir s'accouder largement au rebord. D'une main, il fouillait l'intérieur de sa veste, pour en tirer un paquet de cigarettes. Ça ne lui arrivait pas souvent, de fumer. D'autant que c'était strictement interdit dans l'établissement, à ce qu'il avait cru comprendre. Il se doutait qu'elle devait en être consciente, et espérait que se montrer en sa présence défiant de l'autorité qu'il était sensé représenter l'aiderait à s'en détacher, et à les rapprocher. Alors il l'alluma, rapidement, d'un coup de briquet bien placé, et tira une première bouffée, qu'il relâcha face au vent en un panache tourmenté. Après quoi il commentait, mystérieux, avec une pointe d'amertume :

        - J'en sais quelque chose... Crois-moi...

        Il se débarrassait ensuite de sa clope, à peine consumée, l'envoyant valser par-dessus bord d'une savante pichenette. Puis il se retournait vers Harmonie, après s'être adossé au mur, pour conclure, tout sourire.

        - Je ne te demande pas de retrouver ta langue tout de suite. Dans un premier temps, j'aimerais... simplement te voir sourire un peu, de temps en temps. Tu crois que c'est possible ?
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        MessageSujet: Re: Cheer up little lady Dim 23 Jan - 9:08

          Elle savait qu'être retenue ici n'allait pas être une bonne chose. Elle s'en était doutée, pas si bête la petite. Pourtant, cela dépassait toutes ses craintes. Elle n'en revenait pas et si elle ne se faisait pas déjà passer pour muette, elle en resterait surement sans voix. Pour le moment, dans un mutisme constant, son cerveau tournait à toute allure. Elle devait trouver quelque chose, pour ne pas avoir à ouvrir la bouche pour s'expliquer, sans pour autant avoir à raconter sa vie sur papier, ce qui serait fichtrement long. Elle était - comme vous avez dû le comprendre - plongée dans une intense réflexion. La jeune chanteuse, tout à ses pensées, fixait le professeur, le suivant dans ses déplacements. Elle aurait pu relever le fait qu'il ne l'avait pas laissé répondre à sa première question. D'accord, Harmonie était muette, ce n'était pas pour autant qu'elle ne savait pas faire « oui » ou « non » de la tête. Mais, là dans le moment présent, elle avait d'autre chose à penser. Ce genre de situation était toujours pour elle, ça devenait frustrant.

          Toujours, dans un état d'intenses réflexions, elle n'écoutait qu'à moitié ce qu'il disait. Assez pour s'en souvenir, pas assez pour se sentir concernée. De toute manière, cela aurait eu pour effet de l'énerver ou de la blaser. Dans tous les cas, ce n'était pas une bonne nouvelle. Elle ramena ses genoux contre sa poitrine, toujours assise sur la table. D'accord, elle mettait ses chaussures sur la table, c'était mal, vilain ! D'un autre côté, il était en train de fumer une cigarette, il ne pouvait rien lui dire. Le regard azur de la jeune femme divagua jusqu'à la fenêtre, se perdant dans le lointain. Comment expliquer que les cours d'anglais était pour elle une souffrance, réminiscence du passé, blessure raviver. La jeune demoiselle ne parlait déjà pas dans les autres cours et elle n'avait rien contre eux mais, celui-là, ce n'était même pas envisageable. Elle faisait déjà un énorme effort pour ne pas éclater en sanglot à chaque mot prononcé. Il ne fallait pas trop lui en demander ! Un petit soupire s'échappa de ses lèvres, alors qu'elle posait sa tête sur ses genoux. Elle allait devoir parler, c'était inévitable dans le cas présent. Harmonie faisait partie de ses gensqui détestent se fatiguer, alors écrire pour s'expliquer serait beaucoup trop long. Elle avait pourtant du mal, jusque là, elle avait offert sa voix qu'à des gens qu'elle estimait de confiance et pour le moment, elle n'avait aucune confiance en ce professeur qui se mêlait de ses affaires.

          Elle rangea calmement son carnet dans son sac, se préparent psychologiquement à faire un long discoure. Elle détestait ça. Un nouveau soupire en refermant son sac, plongeant son regard bleu, qui n’avait plus rien d’enfantin, dans celui du professeur. Elle aurait aimé garder le silence plus longtemps mais, moins cette entrevue durait, mieux elle se portait. Elle n’avait rien contre lui mais, l’obliger à s’expliquer n’était pas vraiment la meilleure façon de la mettre de bonne humeur. Après avoir pris une grande inspiration, elle commença, de sa voix douce et irrévocablement belle, que si peu avait un jour entendu.

          « Tout d'abord, ce n'est pas parce que je ne parle pas, que je ne peux pas vous répondre. Mais, oui, vous pouvez me tutoyer. Je ne pense pas sincèrement que les raisons de mon mutisme vous intéressent et en interrogeant vos collègues, vous vous rendrez compte que cela n'est pas exclusif à votre matière. Je ne parle pas, jamais ou alors très rarement et en aucun cas en public. Je suis même déclarée muette par la plupart des gens que je croise. Cela n'a aucun rapport avec vous ou même avec qui que ce soit, je suis bien dans mon silence, aussi bien qu'avec ma musique. Et cela va peut-être vous étonner mais, il m'arrive pourtant de sourire, voir même de rire mais, toujours pas autour de grands mondes. Simplement, je ne peux pas parler et encore moins sourire, dans un cours qui me rappelle des souvenirsaussi douloureux. C'est simplement au-dessus de mes forces. De plus je ne veux pas que qui que ce soit apprennent que mon mutisme est aussi véritable que l'existence des Bisounours. »

          Elle reprit son souffle, la jeune femme n'était pas habituée à parler autant et même si ses propos était loin d'être sympathique en apparence, ils étaient dit sur un ton doux, calme. Elle ne le lâchait pas du regard, gardant ses yeux azur fixés dans les siens. C'était une habitude, quand elle parlait à quelqu'un - chose rare - elle fixait son regard dans le siens. Comme quand vos parents vous disent « regarde-moi quand je te parle », elle avait retenu la leçon. Bien sûr, elle avait parlé en anglais, cela avait été un réflexe. Elle avait beau parler aussi parfaitement l'anglais, que le français et le japonais, sa langue maternelle était celle qu'elle utilisait le plus souvent pour dire ce qu'elle avait à coeur. Enfin, après un long silence d'une bonne dizaine de minutes, elle reprit la parole.

          « J'ai beau paraitre seule et même l'être quelque peu, je ne le suis pas tant que ça. J'ai beau paraitre muette et l'être même un peu, je ne le suis pas non plus. Les apparences sont trompeuses, les gens aussi. Je ne suis simplement pas faite pour être entendu, en tout cas je ne le veux pas. Beaucoup de gens sont mauvais, méchants et j'estime ne pas avoir à leur parler, il y en a autant dans ma classe que partout. Ceci expliquera en partie mon silence dans votre cour et dans les autres ... vous comprendrez donc que rien ne changera dans mon attitude. Mais, encore une fois ce n'est pas contre vous. »

          Elle laissa un silence pesant s'installer. Pesant, mais réconfortant dans son sens. La jeune femme avait besoin de se changer les idées, de chanter. Il était pourtant évident qu'elle ne pouvait pas le faire ici, allait-il la laisser partir ? Dans un sens, elle n'en avait pas vraiment envie ... c'était la première fois depuis son arrivée qu'elle adressait la parole à un professeur ... en même temps elle n'avait pas eu le choix. Pourtant, elle ne trouvait pas ça si désagréable. Non ! Je n'ai pas dit qu'elle trouvait cela agréable non plus. Oui, elle était compliquée et alors ?


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          MessageSujet: Re: Cheer up little lady Jeu 27 Jan - 12:26

          Une seconde de silence. De la fenêtre ouverte nous parvient la rumeur toute proche d'un feuillage s'agitant et celle, plus lointaine, d'élèves agités, qui doivent à cette heure se presser à la sortie du pensionnat. Et Gareth demeure adossé, immobile, à observer la jeune fille tout juste sermonnée, tout en appréhendant un peu l'effet de sa diatribe. Il ne laisse pourtant rien paraître, et s'efforce de conserver une attitude détendue. La moindre mimique peut vous trahir, et transmettre une gêne à l'interlocuteur, il vaut mieux prendre garde. Harmonie a désormais tout à fait grimpé sur la table, y allant même de ses pieds. Gareth ne tique même pas. Aucun crime de commis, autant qu'elle se mette à l'aise, si ça peut l'aider à s'exprimer. Elle a rangé son carnet, et il se demande si ce constat doit être interprété de manière positive ou bien, au contraire, craint. La réponse ne tarde pas à lui venir. Elle se manifeste en un flot verbal soudain, inattendu, stupéfiant.

          Une voix rare, comme on entend peu, voir pas du tout. Une voix vibrante, fluide, chantante, comme l'eau du torrent qui polit la roche en son lit. Une voix qui s'explique, qui lui raconte, mille et une choses. C'est beaucoup d'informations, et, comme charmé, Gareth éprouve quelques difficultés à en suivre le sens. Il capture l'essentiel, tout de même, au fur et à mesure, alors qu'il est évident qu'il ne ce serait jamais permis de l'interrompre. Cela serait criminel. On ne fait pas taire une si jolie voix. A l'inverse, on l'encourage, ne serait-ce que pour le seul plaisir purement égoïste d'en profiter un peu plus longtemps. Voilà bien une précieuse douceur, un don, à faire fructifier. Il ne cherchera pourtant pas à l'asservir. Si ce n'est pas sous son règne que cette jeune fleure doit s'épanouir, qu'il en soit ainsi. Seule compte la mise en valeur des jolies choses. Cette voix en est la quintessence vocale. Il faut la préserver, quel qu'en soit le prix.

          Elle prend une pause, visiblement mal à l'aise, mais ne se décourage pas, tandis que leurs regards entrecroisés semblent aller jusqu'à s'interpénétrer, indissociables. Envoûté, il ne s'imagine pas un instant détourner les yeux de cette petite source de merveille. Il dissimule son admiration, sous un air d'une neutralité affligeante, comme statufiée, quasiment déplacée, indécente. Le flux dansant reprend bientôt, et demeure tout aussi charmant qu'auparavant. Décidément, il n'en aura jamais assez. Et pourtant, tout ce qui débute s'éteint. La voix s'en va, aussi soudainement qu'elle était apparue, et tout redevient froid, comme dénué d'intérêt. Le silence est strident. Tout est moins beau, comme sur un cliché ancien et délavé par le temps. Quelques secondes de réflexion, et Gareth s'étonne même de trouver si vite quoi répondre. Lui qui n'était pas certain d'avoir su garder le fil tout au long du récital proposé. Et si.

          Désormais, c'est lui qui se trouve mal à l'aise. Il pense savoir quoi dire, mais hésite à parler. Il aurait l'impression de faire offense en s'exprimant déjà, en imposant son timbre dissonant à l'endroit, ce serait comme le souiller. Il se retient encore un peu, se redresse peu à peu. Il n'est plus adossé, et se tient droit, les bras croisés, lorsqu'il se décide enfin à répondre. Pour la première fois en dix minutes, son regard décroche, il est un peu troublé. Le fond de la salle, au mur blanc couvert de quelques posters pédagogiques, devient ainsi passionnant. Il prononce ses quelques mots avec une application toute particulière, et une lenteur surnaturelle :

          "Je comprends... Et quoiqu'il en soit... tu as tout ton temps pour t'épanouir, encore."


          On pourrait croire qu'il se parle à lui-même, lorsqu'il continue de la sorte :

          "Si... Si les cours d'Anglais te sont désagréables pour une raison sensiblement évocatrice, je peux... si tu le souhaites, je peux sans doute en référer au directeur. Il m'a fait l'effet d'être compréhensif, il pourrait sans doute te procurer une dispense. La fuite n'est que rarement la solution adéquate, mais s'il s'agit d'éviter de retourner le couteau dans la plaie, alors en ce cas, c'est peut-être pour le mieux. Qu'en dis-tu ?"
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          InvitéInvité
          MessageSujet: Re: Cheer up little lady Mar 1 Fév - 4:17

            Harmonie garde le silence un long moment après la réponse tardive du professeur. Professeur qu'elle trouve bien étrange qui plus est, mais, l'étrange est toujours beaucoup plus amusant que la banalité des choses totalement normal. Entièrement prise dans sa délibération intérieure sur le pour et le contre de cette proposition, elle reste le regard fixé sur l'homme, sans aucune gène de sa part. Elle l'observe, sa délibération dérivant bientôt sur une méticuleuse mise au point sur son face à face. Elle commence par les cheveux blonds, qu'il est rare de trouver dans ce pays, passant ensuite au visage. Son expertise dure longtemps, très longtemps. Harmonie elle le genre de personne observatrice, quand on ne parle pas, on trouve d'autre occupation. Elle a donc pu parfaire ses talents. Cela doit être pour cette raison qu'elle remarqua - comme toute fille qui se respecte - les oreilles percées du professeur. Cela l'intrigua très clairement. La jeune femme essaya même de l'imaginer avec les boucles d'oreilles qui sont censées aller avec, ce qui eut pour tout effet de la faire sourire. Ce n'est pas franchement l'image habituelle qu'on peut avoir d'un professeur. Tout en continuant sa méticuleuse observation, elle remarqua l'arrête de son nez, légèrement déplacé. Son cousin avait la même chose, signe d'un nez ayant été cassé. Elle ne releva pas pour le moment passant à la suite. Une silhouette musclée, grande, comme la plupart des occidentaux, il portait sur lui son origine. Encore plus que la jeune demoiselle.

            Si prise qu'elle était à épier son professeur d'anglais, elle en oubliait presque de réponse. Presque. Cela restait tout de même dans un coin de sa mémoire mais, rien ne pressait. Pour le moment, elle essayait de comprendre. Après tout, c'est lui qui avait commencé à s'occuper de ce qui ne le regardait que moyennement. Elle pencha la tête sur le côté, s'asseyant de nouveau normalement. Il cachait un passer, un vrai passé. Quelque chose de pas forcement commun, ça se sentait et se voyait en y faisant attention. Harmonie faisait partie de ces gens absolument insupportables qui détestent ne pas savoir. Cela la frustrait au plus au point. Alors, maintenant qu'elle était partie autant aller franc jeu. De toute manière, elle n'avait jamais vraiment connu la gène ou la timidité. Cela ne lui correspondait pas vraiment.

            « Avant de vous répondre, quelque chose m'intrigue ... Votre nez a été cassé et vos oreilles sont percées. Ce n'est pas vraiment l'image d'un professeur tout à fait conventionnel ... »

            Aucune question mais, un appel à l'explication. Elle-même n'aimait pas plus que ça les questions. Elle préférait de loin qu'on lui laisse le choix de s'expliquer ou non. Même si cela revenait à la même chose, l'un était beaucoup moins contraignant que l'autre. Elle continua de le fixer tout en mettant de l'ordre dans ses pensées pour trouver quoi répondre à la précédente question du professeur. C'était alléchant comme proposition mais, d'un autre côté elle trouvait ça trop simple. Ça lui posait un problème, restait à trouver lequel. Ses neurones repartir à plein régime, cherchant ou était la faille, le souci. Elle finit enfin par trouver, c'était évident en fait !

            « Ensuite, je ne souhaite pas arrêter l'anglais, aussi douloureux que ce soit, cela rappelle des souvenirs beaucoup moins douloureux, eux. Je ne souhaite pas tirer un trait sur mes souvenirs. De plus, vous l'avez dit, fuir ne mène à rien. Je l'ai assez fait en venant jusqu'ici. »
            Une voix déterminée, indiscutable. Sa décision était prise, il en serait ainsi et pas autrement. Quand la petite chanteuse décidait quelque chose, il était difficile, voir impossible de la faire changer d’avis. Cela pouvait être autant une qualité qu’un défaut en son sens mais, pour le moment, ce n’était pas la question …


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            InvitéInvité
            MessageSujet: Re: Cheer up little lady Ven 11 Fév - 8:11

            C'est un sentiment étrange qui l'habite, à l'instant où il se tait. Une sorte de gêne, l'impression que quelque chose ne va pas. Il ne serait pas dire quoi, ni pour qui. Sans doute pour lui après tout, aucune raison de projeter ses sensations sur le monde, sur les autres. Alors il se concentre, l'espace d'un instant, pour tenter de déterminer l'origine de son anxiété, et la supprimer. Il a besoin de garder le contrôle, en permanence, ne pas se laisser prendre ou déborder par les évènements ou les doutes. Cette fois-ci, ce n'est pas trop difficile. Simplement se couper du souvenir de cette voix, des émotions attachées, se rappeler au confort banal des habitudes, aux petits plaisirs du quotidien, sans ambition, sans rien. C'est fait, il reprend pied, retrouve son assurance.

            Il remarque alors que la jeune fille l'observe. Elle a le regard rivé sur son visage, dont elle semble détailler les traits, un à un. Et elle sourit. Gareth se demande s'il doit être flatté ou vexé. Rien de tout ça, au fond. Peu importe les compliments ou les reproches, peu importe le regard d'autrui. Il s'efforce de faire abstraction de l'indélicatesse de son vis-à-vis, sans difficultés aucunes. Après tout, il n'est pas à ça près. Finalement, subtilement, il se prête même au jeu. Un sourire, et il fait mine d'avoir le regard soudainement attiré vers un coin de la pièce, et lui offre une vue de profil. Quelques secondes, bien assez, coopératif, en attendant qu'elle trouve de quoi répondre. Il en oublie même sa question, et c'est à l'instant où il s'en rend compte qu'elle lui revient. Oui, l'anglais, les cours, la demoiselle, ses ennuis, son avenir, ou quelque chose comme ça.

            Elle va ouvrir la bouche, ça y est. Elle parle. Cette fois-ci, il était prévenu. Cela fait toujours son effet. Cependant, pas assez pour le détourner du contenu de ses paroles. Et là, c'est à lui d'être intrigué, surpris, plutôt positivement, par la remarque de la jeune fille. Elle l'observait donc bel et bien, et rien ne lui a échappé, physiquement parlant. C'est vrai, il n'est pas la première image que l'on puisse se faire d'un professeur classique. Après tout, bien qu'il ait des choses à cacher, lui-même ne se cache pas. Par contre, aucun questionnement précis. Il hésite. Doit-il réagir, ou laisser couler ? Puis elle ne lui a pas encore répondu. Maintenant, elle a l'air de réfléchir. Autant lui laisser le temps. Il fait bien. Elle finit par s'exprimer sur le cœur du sujet.

            C'est avec beaucoup de détermination qu'elle lui affirme sa volonté de rester pour les cours d'anglais, malgré la douleur que cela puisse occasionner, en invoquant d'autres souvenirs, plus agréables. Plus de fuite. Aussitôt :

            "Bien, bien, très bien. Alors il n'y a rien de plus à dire."

            Et après quelques secondes de silence, à la fois compréhensif et décidé :

            "Je ne t'ennuierais plus avec mes exigences de professeur. Quant à mon visage, disons que ce n'est que le reflet d'un passé lointain. Un passé à oublier."

            Encore quelques secondes passèrent, alors qu'il prend un air sensiblement désolé. Désolé de se taire si vite, mais il y a certaines choses qu'il vaut mieux taire. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, et sans doute pas en n'importe quelle circonstances, ni avec n'importe qui. Alors il conclut, en joignant le geste à la parole :

            " Je crois que nous en avons finit pour aujourd'hui. On se revoit au prochain cours."

            Du bras, la main ouverte, comme un don, il désigne la porte, ouverte, elle aussi.
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            InvitéInvité
            MessageSujet: Re: Cheer up little lady Sam 12 Fév - 14:11

              Halleluya, bonheur et joie la torture était finie. Soit il ne savait plus quoi lui demander ... soit la perspicacité de la jeune muette l'avait rendu mal à l'aise. Dans les deux cas, cela arrangeait la petite. Elle était débarrassée de ce pseudo inquisitoire sur son manque de joie de vivre. Elle trouvait ça plutôt désagréable qui plus est. Elle le laissa finir de parler, silencieuse comme toujours. C'était son habitude, même quand elle parlait, c'était peu. Ce n'était pas son tripe de s'extérioriser quoi. Elle lui fit un signe de tête comme tout salut et sortie de la salle, s'allumant une clope aussitôt à l'extérieur. D'accord, elle était encore dans le bâtiment et elle allait surement se faire arracher les yeux si les surveillants la voyaient mais ... elle allait se dépêcher de sortir. Après avoir survécu aux croches pieds de ses adorables bourrins qui l'avaient pris pour cible, elle sortie dehors, jetant un dernier coup d'oeil aux vitres de la salle d'anglais. Il était étrange ce professeur quand même ... enfin, bref. Elle alla se percher sur le mur de l'enceinte du pensionnat un peu plus loin et mit ses écouteurs dans ses oreilles. Elle allait surement y rester tout le reste de l'après-midi, si personne ne la dérangeait. Et personne ne la dérangeait jamais de toute manière.


              [H.S - Bon c'est vachement court mais, toute façon osef c'est la fin o/]
              avatar
              InvitéInvité
              MessageSujet: Re: Cheer up little lady Sam 12 Fév - 22:04

              [Non seulement c'est court mais tu n'atteins même pas les 230 mots.]
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              MessageSujet: Re: Cheer up little lady

              Cheer up little lady

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